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Quel antiseptique utiliser pour la prévention des infections liées au cathéter (ILC) par contamination endoluminale lors des manipulations de voies veineuses ?

Nous devons vous avouer que notre dernier article, mettant à l’honneur la journée de l’hygiène des mains, nous a inspiré sur la thématique de la gestion du risque infectieux. Oui, quand on aime on ne compte pas ! 

Alors, dans la continuité, nous vous proposons de faire un point sur le choix d’antiseptique à utiliser lors des manipulations des voies veineuses et des dispositifs associés sur VVP, PICC et CCI. Cela dans le but de prévenir les infections liées au cathéter.

NB : Ici sera uniquement traité le choix de l’antiseptique recommandé pour la manipulation des voies veineuses et dispositifs associés. Les antisepsies cutanées avant un geste invasif ou lors de la réfection d‘un pansement font l’objet d’un autre sujet et d’autres recommandations scientifiques.

Infections liées au cathéter
Par Yann R

Par Yann R

Yann R, Cadre de Santé Formateur, IDE Hygiéniste.

Sommaire

Une infection liée au cathéter (ILC), c'est quoi ?

En France on dénombre près de 30 millions de cathéters utilisés*. On peut également observer qu’1 patient sur 3 est porteur d’un cathéter.

Cette large utilisation, qui nous permet depuis de nombreuses années une certaine efficacité dans la prise en soins des patients, n’en demeure pas sans risque et peut parfois être porteuse de lourdes conséquences. Parmi les risques liés à leur utilisation on identifie les ILC : Infections Liées au Cathéter.

Ce risque est multiplié dès lors qu’il y a présence de facteurs tels que :

  • l’immunosuppression ;
  • les antécédents et le terrain du patient ;
  • la durée d’utilisation du dispositif intravasculaire etc.

 

Par ailleurs, cette représentation du risque n’est pas toujours la même en fonction du type de cathéter; qu’il soit périphérique ou central ; et en fonction du lieu de prise en soins du patient. En effet il peut y avoir une diminution de la perception du risque infectieux par les IDE notamment lorsque les soins sont réalisés au domicile du patient. Pourtant les ILC peuvent se manifester avec un risque infectieux et des conséquences identiques, peu importe le lieu de soins ; y compris au domicile du patient

En plus des surcoûts qu’elles sont susceptibles d’engendrer, les infections liées aux cathéters peuvent également être la cause de mortalité et de morbidité. Bien qu’elles puissent être évitées, les ILC sont susceptibles d’engendrer une bactériémie : point de départ d’un éventuel syndrome de réponse inflammatoire systémique, d’un sepsis, voire dans les cas les plus graves d’un choc septique.

Quelles sont les causes physiopathologiques des infections liées au cathéter ?

Plusieurs analyses à postériori nous permettent de distinguer 3 principales voies de contaminations pouvant être à l’origine d’une infection liée au cathéter :

  • L’infection d’origine hématogène qui peut se traduire par la colonisation du cathéter depuis un foyer infectieux proche voire à distance.
 
  • Les solutions de perfusion contaminées par défaut d’asepsie lors de leur préparation.
 
  • Par voie extra luminale, c’est-à-dire par migration de la flore microbienne durant : 
    • la pose du dispositif (pose d’une CCI, d’un PICC) 
    • l’insertion de l’aiguille (aiguille de Huber, CVP)
    • la réfection de pansement
 
  • Par voie endoluminale  durant :
    • Les manipulations des raccords
    • Les manipulations des robinets 
    • Les connexions de perfusion
 
 
 

Bien que toutes les causes soient tout aussi importantes les unes que les autres , nous nous intéresserons plus particulièrement à la contamination par voie endoluminale qui est principalement liée aux manipulations des raccords, robinets et connexions. Car en effet c’est particulièrement l’observation de ces pratiques, les questions posées ainsi que l’actualisation en 2019 des recommandations scientifiques de la SF2H (Société Française d’Hygiène Hospitalière), qui nous conduisent à mettre en lumière les moyens de prévention et plus spécifiquement le choix de l’antiseptique pour prévenir les ILC lors des manipulations des voies veineuses.

Focus sur l’antiseptique de choix pour la manipulation des voies veineuses ?

Dans plusieurs publications, telles que les recommandations scientifiques relatives à la prévention du risque infectieux (soins sur Chambre à Cathéter Implantable*, PICC* etc.), est mentionnée l’indication d’utiliser des compresses stériles imbibées d’un antiseptique alcoolique tel que :
> de la chlorhexidine alcoolique ou ;
> de la polyvidone iodée alcoolique ou ;
> de l’alcool à 70°.
Ceci pour la manipulation de toute connexion de la ligne veineuse.

Plus tard en mai 2019 les recommandations relatives à la prévention des infections liées aux cathéters périphériques vasculaires et sous-cutanés publiées par la Société Française d’Hygiène Hospitalière (SF2H)*, mentionnent la nécessité de désinfecter avant leur utilisation les septums et pas de vis de valves ; ainsi que les embouts et les robinets avant leur manipulation à l’aide d’une compresse stérile imprégnée avec de l’alcool à 70%

Ces recommandations sont argumentées ainsi : 

«L’alcool à 70% a une activité antimicrobienne significative et immédiate. Son utilisation réduit l’exposition inutile à la chlorhexidine ou à la PVI*, dont l’activité résiduelle n’est pas requise sur les surfaces inanimées. La supériorité de l’efficacité de la chlorhexidine alcoolique ou de la PVI alcoolique par rapport à l’alcool à 70% pour la désinfection des embouts et robinets n’est actuellement pas prouvée* ».

A la lecture des recommandations de la SF2H datant de 2019, en lien avec la manipulation des voies veineuses et des dispositifs associés ( robinets, valves etc.), on peut alors s’interroger :

  • sur la raison de l’absence d’indication d’antiseptiques alcooliques comme la povidone iodée ou la chlorhexidine 
  • Pourquoi l’alcool à 70° devient alors l’antiseptique de référence ? 
  • Les recommandations publiées avant 2019 qui mentionnent la possibilité d’utiliser d’autres antiseptiques alcooliques ( povidone iodée, chlorhexidine)  sont-elles alors toujours en vigueur ? 
 

Les experts établissant ces recommandations nous éclairent alors en précisant que : 

« La supériorité de la chlorhexidine alcoolique ou de la povidone alcoolique n’est pas démontrée pour la désinfection des connections de perfusion. De plus, leur effet rémanent – (la rémanence désigne la persistance de l’effet antimicrobien de l’antiseptique) – n’est pas requis dans cette indication. Ainsi l’alcool à 70% est l’antiseptique à privilégier dans cette indication car il possède l’activité nécessaire sans exposition inutile à la Chlorhexidine alcoolique ou de la PVPI alcoolique.* »

Concernant la « contradiction » avec les recommandations publiées avant 2019, notamment celles en lien avec les manipulations des voies veineuses sur CCI et PICC : 

« Il n’est pas contre-indiqué d’utiliser la Chlorhexidine alcoolique ou de la PVPI alcoolique car ils sont efficaces. Mais le choix doit si possible plutôt se porter sur l’alcool à 70% en routine. »

« Il faut être vigilant à l’utilisation de la PVPI notamment sur les robinets et valves bidirectionnelles car il s’agit d’un antiseptique qui « colle » au séchage et il peut « bloquer » les accès. Le problème est qu’il n’y a pas de littérature sur ce point, simplement des retours d’expérience. Aussi, la PVPI est efficace et peut être utilisée, notamment lors de la pose de l’accès par exemple car si on utilise un paquet de 5 compresses et qu’on les imbibe de PVPI alcoolique pour la pose, il nous en reste pour le raccordement de la ligne et l’éventuelle pose du traitement. Mais en routine, l’alcool à 70% semble l’option la plus raisonnable ». 

Conclusion sur les infections liées au cathéter

L’alcool à 70% est l’antiseptique recommandé par la SF2H pour toute manipulation des voies veineuses et des dispositifs associés ainsi qu’avant l’utilisation des valves. 

L’utilisation de compresses stériles est bien entendu incontournable.  

L’utilisation de la chlorhexidine alcoolique ou de la povidone iodée alcoolique est considérée comme efficace mais présente des risques mécaniques sur les dispositifs. Ainsi en routine il convient d’utiliser uniquement de l’alcool à 70%. 

NB : Il demeure important d’appliquer cette recommandation en la complétant avec l’ensemble des mesures d’asepsie et avec d’autres recommandations spécifiques aux thématiques associées. Ces recommandations sont, par exemple :

  • la réalisation de frictions hydro alcooliques aux moments opportuns ;
  • l’utilisation d’un antiseptique adapté pour l’antisepsie cutanée ;
  • lors des manipulations proximales sur PICC et CCI : port de masque chirurgical, d’Équipement de Protection Individuelle (coiffe, surblouse) et de gants stériles ;
  • respect des précautions “standard”

 Liste de recommandations non exhaustive. 

Pour aller plus loin

« Surveillance des infections associées aux dispositifs invasifs. Mission nationale SPIADI. Résultats de la surveillance menée en 2019 » – Santé Publique France 

« Prévention des infections associés aux chambres à cathéter implantables pour accès veineux Recommandations professionnelles par consensus formalisé d’experts » – SF2HMars 2012 – Recommandations et FAQ disponibles sur  www.sf2h.net 

 « Recommandations de bonnes pratiques et gestion des risques associés au PICC » – SF2H – Décembre 2013 

« Recommandations Prévention des infections liées aux cathéters périphériques vasculaires et sous-cutanés » -SF2H-  Mai 2019

Recommandations et FAQ disponibles sur  www.sf2h.net 

Cet article reflète l’état des connaissances sur le sujet traité à sa date de mise à jour. L’évolution ultérieure des connaissances scientifiques peut le rendre en tout ou partie caduque. Il n’a pas vocation à se substituer aux recommandations et préconisations en cours.

*Sources : 

 « Surveillance des infections associées aux dispositifs invasifs. Mission nationale SPIADI. Résultats de la surveillance menée en 2019 » – Santé Publique France – Publié le 13 juillet 2021et Mis à jour le 4 aout 2021( consulté le 9 mai 2022 sur : https://www.santepubliquefrance.fr/maladies-et-traumatismes/infections-associees-aux-soins-et-resistance-aux-antibiotiques/infections-associees-aux-soins/documents/rapport-synthese/surveillance-des-infections-associees-aux-dispositifs-invasifs.-mission-nationale-spiadi.-resultats-de-la-surveillance-menee-en-2019) 

« Prévention des infections associés aux chambres à cathéter implantables pour accès veineux Recommandations professionnelles par consensus formalisé d’experts » – SF2HMars 2012

« Recommandations de bonnes pratiques et gestion des risques associés au PICC » – SF2H – Décembre 2013 

« Recommandations Prévention des infections liées aux cathéters périphériques vasculaires et sous-cutanés » -SF2H-  Mai 2019 

*PVI = PoVidone Iodée (comme par exemple Bétadine©).

 « Recommandations Prévention des infections liées aux cathéters périphériques vasculaires et sous-cutanés » Commentaire recommandations 20 – SF2H-  Mai 2019 

 « Foire Aux Questions(FAQ) recommandations V3 – Suite aux recommandations Prévention des infections liées aux cathéters périphériques vasculaires et sous- cutanés  – Question 9 » – SF2H– Février 2020 – 

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