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 Formation en pédopsychiatrie en France : historique, actualités et réflexions

Formation en pédopsychiatrie en France : historique, actualités et réflexions

Extrait de l’article du psychiatre Aude Van Effenterre publié par Cairn.info

Le chiffre du mois : 31 %
C’est le pourcentage d’internes français envisageant d’exercer la pédopsychiatrie : 13 % à titre exclusif et 18 % en association avec de la psychiatrie adulte. D’après l’enquête réalisée par l’Affep en 2011-2012 auprès des 1 615 internes inscrits au DES de psychiatrie sur leurs souhaits de pratique après l’internat (taux de participation de 53 %).

Aux origines de la formation en pédopsychiatrie en France

Durant l’époque allant du Moyen-Âge au xviiie siècle, l’intérêt porté à la question de l’enfance est extrêmement modeste et ne concerne initialement que les questions d’éducation, le plus souvent abordées sous l’angle religieux. Il faut ainsi attendre le xve siècle pour voir apparaître les premiers écrits de pédiatrie. Au xviie siècle, l’enfant ayant un trouble mental, l’« idiot », est accueilli à l’asile parmi les « fous ».

Les premiers changements de paradigme s’observent à partir de 1800 avec notamment l’expérience d’Itard et du sauvage de l’Aveyron, jeune enfant n’ayant pas accès au langage, jugé idiot et incurable par Pinel et ses collaborateurs. Itard, opposé à ces théories et réfutant l’hypothèse d’une étiologie congénitale, entreprend la rééducation de cet enfant. Dans les suites de ce travail, Seguin poursuit la tâche d’éducation des débiles mentaux et publie en 1846 son traité sur « l’Idiotie et son traitement ».

Esquirol établit la première distinction entre le débile mental et l’enfant psychotique. À la fin du xixe plusieurs travaux, dont ceux de Binet, viennent modifier la représentation de l’enfant idiot. Par ailleurs, la description clinique des maladies mentales de l’enfant s’affine mais reste majoritairement teintée d’adultomorphisme. La fin du xixe est aussi l’époque où la formation en psychiatrie commence à se structurer avec la création en 1877 de la première Chaire de clinique des maladies mentales et de l’encéphale. Au début du xxe siècle, l’essor de la psychanalyse vient enrichir le regard porté par les psychiatres sur l’enfant.

Bien que ne s’étant pas directement occupé d’enfants, Freud entreprend, à partir des récits de patients en cure, une théorie du développement psychoaffectif. Les générations suivantes de psychanalystes, et notamment Anna Freud et Mélanie Klein adapteront les techniques psychanalytiques à l’enfant. À cette époque, une autre problématique, celle de la délinquance, devient source d’intérêt des psychiatres, et notamment de Goerges Heuyer qui réalise sa thèse sur ce sujet. Celui-ci joue un rôle considérable dans le développement de la pédopsychiatrie organisant en collaboration avec Kanner en 1937 le premier congrès international de pédopsychiatrie à Paris.

Enfin la reconnaissance de la neuropsychiatrie et de la pédopsychiatrie

Il faudra attendre l’année 1949 pour voir la création, d’une part, de la Chaire de psychiatrie de l’enfant dont Heuyer sera le premier titulaire et, d’autre part, du diplôme de neuropsychiatre dans les facultés de médecine. Ce diplôme consiste en une formation de trois années dont la validation repose sur des épreuves théoriques et cliniques comportant l’examen d’un malade de neurologie, de neuropsychiatrie infantile et de psychiatrie. Ainsi, malgré la création de la première Chaire de psychiatrie de l’enfant, la pédopsychiatrie reste une discipline universitaire encore peu individualisée, au carrefour de la pédiatrie, de la psychiatrie et de la neurologie.

La création du premier service universitaire de pédopsychiatrie, situé initialement à l’hôpital des Enfants-Malades puis à la Salpêtrière, et dirigé par Heuyer s’est faite avec des médecins qui contribueront par la suite au développement de la pédopsychiatrie tels Lebovici, Diatkine, De Ajuriaguerra et Misès.

En 1953, la création de la Revue de Neuropsychiatrie infantile et d’Hygiène mentale de l’Enfance et de l’Adolescence vient apporter une certaine notoriété à la discipline, mais celle-ci reste cantonnée à la vie universitaire parisienne. Heuyer continue cependant à développer la pédopsychiatrie en accueillant dans son service des médecins en formation et en organisant dès les années 1950 une journée d’étude annuelle sur la Psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent.

Dans les années 1960, des modifications importantes vont transformer la formation au métier de psychiatre. En effet, la mise en place de la sectorisation, l’augmentation de l’activité ambulatoire en libéral et son remboursement par l’assurance maladie, ainsi que le développement d’un secteur médico-social imposent une augmentation du nombre de psychiatres.

Dans ce contexte, une modification majeure de la formation voit le jour avec le décret du 30 décembre 1968 qui crée le Certificat d’études spéciales (CES) de psychiatrie [7]. La psychiatrie se sépare de la neurologie, qui a elle-même son propre CES ; les deux spécialités deviennent autonomes et sont reconnues comme telles par l’université.

La naissance du secteur de psychiatrie infanto-juvénile

Parallèlement à la sectorisation et à l’autonomisation de la psychiatrie, la pédopsychiatrie universitaire française, qui n’en était qu’à ses balbutiements avec l’existence d’un seul professeur de psychiatrie jusqu’en 1967 (en l’occurrence Léon Michaux professeur à la Salpêtrière, successeur d’Heuyer) se développe avec la création entre 1967 et 1990 de 29 chaires de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent. Plusieurs pédopsychiatres de renom, tel Roger Misès, défendent la mise en place de secteurs de neuropsychiatrie infantile et d’une formation à la pédopsychiatrie pour tous les psychiatres.

Cette expansion au sein de l’université peut sans doute être vue comme le miroir d’une considération plus large de la pédopsychiatrie au sein de la société française. La création du secteur de psychiatrie infanto-juvénile s’appuie sur plusieurs expériences parisiennes dont celles de Lebovici, Misès et Soulé. Plusieurs circulaires, dont celle de 1972 considérée comme l’acte de naissance de la pédopsychiatrie, précisent ainsi l’organisation des intersecteurs de pédopsychiatrie. Cette sectorisation est décrite comme « un moteur de l’émancipation identitaire, idéologique mais également institutionnelle de la pédopsychiatrie ».

Un nouveau tournant : le diplôme d’études spécialisées (DES) de psychiatrie et le diplôme d’études spécialisées complémentaires (DESC) de pédopsychiatrie

Ce n’est qu’en 1984 que s’instaure en France une formation officielle en pédopsychiatrie. En effet, la réforme du troisième cycle des études médicales envisagée en 1982 verra le jour en 1984 lors d’une réforme de l’enseignement supérieur. Celle-ci s’effectue dans un contexte de désir d’harmonisation européenne, de régulation des flux a……/…….

Aude Van Effenterre est l’auteur de “Formation en pédopsychiatrie en France : historique, actualités et réflexions” dans L’information psychiatrique 2013/7 (Volume 89), pages 599 à 604.

Lire l’article complet sur le site Cairn.info :

https://www.cairn.info/revue-l-information-psychiatrique-2013-7-page-599.htm

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