Bernadette Fabregas

De la nécessité d’accroître le leadership infirmier…

Interview de Bernadette Fabregas, infirmière, journaliste

La Question du jour : Comment accroître le leadership infirmiers en France ?

Commençons par trois mots : influencer, modifier, transformer… autant de défis auxquels la profession infirmière doit répondre aujourd’hui afin de peser positivement sur le système de santé français et montrer combien elle en constitue un des acteurs les plus forts, les plus investis, les plus indispensables à son efficience. Les défis sont en effet pluriels : sanitaire, structurel, organisationnel, démographique, économique…

Si l’on parle de leadership infirmier, une notion il est vrai encore assez confidentielle pour la profession, il s’agit donc pour l’ensemble des infirmières et des infirmiers – première profession de santé en France avec quelques 740 000 professionnels en exercice – de peser plus lourdement notamment sur les décisions issues des réformes successives de l’hôpital mais intéressant aussi les parcours de soin en ville, qu’ils jugent beaucoup trop médico-centrées.

On l’a vu plus encore depuis le début de la crise sanitaire, sa compétence sur tous les fronts, ses initiatives largement déployées, sa capacité d’engagement et de résilience donnent à la profession infirmière, au-delà d’un simple rayonnement médiatique (et il a été conséquent et il l’est encore) une forte valeur ajoutée. On peut en effet l’affirmer haut et fort, la valeur d’une infirmière, d’un infirmier, comme celle de tout soignant, est inestimable et chacun d’entre nous doit s’en souvenir, à jamais. 

Au travers du leadership infirmier, il est question également d’autonomie et d’émancipation en faisant valoir toutes les facettes du métier – pratique clinique, formation, recherche, organisation – découlant  de son rôle propre et de l’autonomie qui en découle, là est la créativité, et ce qui nourrit l’Art infirmier. La finalité étant la qualité et la sécurité des soins dispensés aux patients mais également les bénéfices attendus des études, des recherches menées par les infirmier(e)s, de leurs résultats, le tout s’inscrivant dans une nouvelle filière à valoriser car valorisable : celle d’une nouvelle discipline qui prend corps à l’université : les Sciences infirmières. Les opportunités seront belles pour gagner en crédibilité et faire avancer l’Art infirmier avec, toujours en tête, le bénéfice attendu pour la profession, le patient, sa famille et le système de santé dans son entier. Déployer ses savoirs, son savoir-faire et son savoir-être ne suffit pas, il faut aussi le faire savoir, en faire la promotion.

Aujourd’hui, la profession infirmière est plurielle (une force), déployée sur mille et un terrain d’exercice, avec des compétences autant multiples que spécifiques (une faiblesse), ce qui ne sert pas toujours la vision commune et les aspirations de chacun, même si le métier socle reste le même pour tous. Pour gagner en leadership, il faut que la profession avance en synergie avec ses instances représentatives, ses associations, ses syndicats… et bien sûr ses tutelles, qu’elle développe un discours, fort, qui parle à tout un chacun, qu’elle défende son engagement et ses valeurs, qu’elle fasse entendre sa voix au plus haut et au plus loin, notamment au niveau politique. Il faut surtout qu’elle se persuade « qu’elle le vaut bien » et qu’elle continue à le montrer et à influencer pour atteindre un objectif partagé de tous : habiter véritablement sa place au cœur du système de santé.

Interview téléphonique réalisée par Louis-Serge Réal del Sarte le 22 avril 2021

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